Le chenillard à 8 LED : votre premier duo de circuits intégrés

Huit LED alignées, une seule allumée à la fois, et le point lumineux qui court de gauche à droite avant de recommencer. Ce chenillard LED est un classique absolu — et pour cause : c’est le montage le plus simple où deux circuits intégrés collaborent. Le premier, vous le connaissez : le NE555 en astable, celui du montage 4, qui bat la mesure. Le second est nouveau : le CD4017, un compteur, qui transforme chaque battement en un pas de plus.

En plomberie, le CD4017 est un distributeur d’arrosage rotatif : dix sorties, une seule ouverte à la fois, et chaque impulsion reçue fait tourner la vanne d’un cran. Le 555, lui, fournit le goutte-à-goutte régulier qui fait tourner la roue. Deux robinets simples — et ensemble, un système.

Ce qu’il vous faut

ComposantValeurPrix indicatif
Circuit intégré NE5550,30 €
Circuit intégré CD40170,40 €
Résistance1 kΩ0,05 €
Résistance47 kΩ0,05 €
Résistance330 Ω0,05 €
Condensateur chimique10 µF / 16 V0,15 €
LED8, rouges, 5 mm0,80 €
Breadboard + fils + pile 9 Vdéjà en votre possession

Les valeurs du 555 sont exactement celles de votre clignotant : environ 1,5 battement par seconde, la cadence idéale pour suivre le point des yeux.

Un mot de soin avant d’ouvrir le sachet : le CD4017 appartient à la famille CMOS, plus sensible à l’électricité statique que le 555. Rien de dramatique — touchez un radiateur avant de le manipuler, et retenez la règle d’or de cette famille : une entrée CMOS ne reste jamais en l’air. Elle se raccorde toujours quelque part, sinon le circuit devient lunatique. Vous verrez plus bas que c’est la panne vedette de ce montage.

Le schéma expliqué

Le voici — lisons-le en deux moitiés, comme deux montages accolés :

La moitié gauche ne contient rien de neuf : c’est votre 555 astable, à l’identique. Sa patte 3 crache un signal qui monte et descend sans fin — jusqu’ici, ce signal allumait une LED ; aujourd’hui, il devient une horloge.

La moitié droite est le compteur. Patte par patte :

  • Pattes 16 et 8 : l’alimentation, + et −.
  • Patte 14 (horloge) : l’entrée qui écoute le 555. À chaque front montant du signal — chaque « goutte » — le compteur avance d’un cran.
  • Patte 13 (validation) : reliée au −, elle autorise le comptage. En l’air, le compteur fait n’importe quoi ; la règle CMOS, déjà.
  • Les sorties Q0 à Q7 : une seule est au niveau haut à la fois, et elles s’activent dans l’ordre à chaque impulsion. Chacune alimente sa LED.
  • La sortie Q8 rebouclée sur la patte 15 (remise à zéro) : le CD4017 sait compter jusqu’à dix, mais dès que Q8 s’active, elle remet elle-même le compteur à zéro. Résultat : le cycle boucle sur huit — l’astuce élégante du montage.

Et la résistance de 330 Ω, unique pour huit LED ? Regardez le chemin du courant : une seule LED est allumée à la fois, donc une seule garde du corps suffit — postée sur le retour commun, elle protège chaque LED à son tour. Huit résistances ne seraient pas fausses, juste inutiles ici.

Dernier détail de lecture : les petits ponts sur le schéma marquent des fils qui se croisent sans se toucherun symbole de plus à votre répertoire.

Le montage pas à pas

  1. Câblez d’abord le 555 astable seul, comme au montage 4, avec une LED provisoire (et sa 330 Ω) sur la patte 3. Elle doit clignoter. Ne continuez pas tant qu’elle ne clignote pas.
  2. Retirez la LED provisoire. Plantez le CD4017 à cheval sur le fossé, encoche vers le haut — seize pattes cette fois, le repère patte 1 ne change pas.
  3. Alimentez-le : patte 16 au rail +, patte 8 au rail −, et immédiatement la patte 13 au rail − aussi.
  4. Reliez la patte 3 du 555 à la patte 14 du CD4017 : l’horloge est branchée.
  5. Câblez les huit LED : chaque sortie → patte longue de sa LED ; toutes les pattes courtes rejoignent une même rangée, qui part vers la 330 Ω puis le rail −. Attention, l’ordre des sorties n’est pas l’ordre des pattes : Q0 est la patte 3, Q1 la patte 2, Q2 la patte 4, Q3 la patte 7, Q4 la patte 10, Q5 la patte 1, Q6 la patte 5, Q7 la patte 6. Datasheet à côté, cochez au fur et à mesure.
  6. Rebouclez : patte 9 (Q8) vers la patte 15. Alimentez — le point lumineux court.

Le bon réflexe : à l’étape 5, câblez les LED une par une en vérifiant à chaque fois que le point passe bien par la nouvelle venue, dans l’ordre. Une erreur repérée tout de suite se corrige en dix secondes ; huit erreurs découvertes à la fin se démêlent en une soirée.

Ça ne marche pas ?

La méthode de l’étape 14 prend ici tout son sens : deux étages, donc on coupe le système en deux et on teste l’horloge seule avant d’accuser le compteur. Les pannes classiques :

Les LED s’allument dans le désordre. La panne numéro un : les sorties ont été câblées dans l’ordre des pattes au lieu de l’ordre Q0 → Q7. Le compteur compte juste ; c’est le câblage qui mélange. Reprenez la correspondance de l’étape 5.

Le chenillard est erratique — il saute des pas, change de vitesse, repart en avant. Une entrée CMOS en l’air, presque à coup sûr : vérifiez la patte 13, puis la liaison Q8-patte 15. Un fil mal enfoncé dans la breadboard suffit.

Rien ne bouge. Divisez : remettez la LED provisoire sur la patte 3 du 555. Si elle ne clignote pas, le problème est à gauche et vous savez déjà le résoudre. Si elle clignote, contrôlez l’alimentation du CD4017 (16 et 8) et son orientation.

Le point marque une pause de deux temps à chaque tour. Le compteur compte jusqu’à dix : la patte 15 est au − au lieu d’être rebouclée sur Q8, donc Q8 et Q9 défilent dans le vide. C’est même une variante volontaire chez certains.

Pour aller plus loin

Remplacez la 47 kΩ du 555 par un potentiomètre de 100 kΩ en série avec une 1 kΩ : la vitesse du chenillard devient réglable à la molette. Et si vous ajoutez deux LED sur Q8 et Q9 en reliant la patte 15 au − : dix sorties, le distributeur au complet.

Ce qu’il faut retenir

Un chenillard LED n’est que la rencontre de deux spécialistes : un 555 qui bat la mesure et un CD4017 qui compte les battements ; Q8, rebouclée sur la remise à zéro, fait tourner le cycle sur huit. Au passage, vous avez appris la règle qui vous servira sur toutes les puces CMOS : aucune entrée ne reste en l’air. Et surtout, vous avez construit votre premier système : deux circuits qui se parlent, montés et validés étage par étage.

Au projet suivant, on s’occupe de ce qui nourrit tout cela : une alimentation 5 V stable, celle qu’on monte une fois et qu’on garde pour tous les montages d’après.


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