Un appui sur un bouton, la lumière s’allume ; trente secondes plus tard, elle s’éteint seule. C’est la minuterie de cage d’escalier, et vous avez déjà tout ce qu’il faut pour la construire en modèle réduit. Cette minuterie électronique 555 utilise exactement le même circuit intégré que le clignotant du montage 4 — mais câblé autrement. C’est tout l’intérêt du projet : découvrir qu’un circuit intégré n’est pas un montage figé, mais une boîte à outils dont on choisit le mode.
En plomberie : votre clignotant était une chasse d’eau qui se remplissait et se vidait en boucle, sans fin. La minuterie est la même chasse d’eau, mais avec une tirette : elle ne se remplit qu’une fois, quand vous tirez — puis se vide, et attend la prochaine tirette. Les électroniciens appellent le premier mode astable (jamais stable, toujours en train de basculer) et le second monostable (un seul état stable, le repos ; l’appui l’en sort temporairement).
Ce qu’il vous faut
| Composant | Valeur | Prix indicatif |
|---|---|---|
| Circuit intégré NE555 | — | 0,30 € |
| Résistance | 100 kΩ | 0,05 € |
| Résistance | 10 kΩ | 0,05 € |
| Résistance | 330 Ω | 0,05 € |
| Condensateur chimique | 100 µF / 16 V | 0,20 € |
| Bouton-poussoir | — | 0,20 € |
| LED | rouge, 5 mm | 0,10 € |
| Breadboard + fils + pile 9 V | déjà en votre possession | — |
Moins d’un euro de composants neufs, et tout figure dans les kits recommandés à l’étape 6. Vérifiez le sens du condensateur chimique avant de commencer : la bande « − » sur le boîtier, toujours.
Le schéma expliqué
Le voici — et cette fois, lisons-le ensemble, patte par patte, avec les réflexes de l’étape 7 :

- Pattes 8 et 1 : l’alimentation, + et −. Rien de neuf.
- Patte 2 (déclenchement) : c’est la tirette. Au repos, une résistance de 10 kΩ la maintient « tirée » vers le + ; le bouton, lui, la relie au −. Un appui fait chuter sa tension, et le 555 comprend : « on démarre ».
- Pattes 6 et 7, reliées ensemble : la surveillance du réservoir. Elles observent le condensateur qui se remplit à travers la résistance de 100 kΩ.
- Patte 3 (sortie) : elle passe au niveau haut pendant toute la temporisation, et alimente la LED via sa résistance de 330 Ω — la garde du corps ne prend jamais de vacances.
- Patte 4 (reset) : reliée au +, sinon le circuit reste muet. C’est l’oubli classique.
Le pourquoi de la durée : le condensateur se remplit à travers la 100 kΩ jusqu’aux deux tiers de la tension d’alimentation ; à ce seuil, le 555 coupe tout et vide le réservoir. Le temps de remplissage suit une formule d’une simplicité désarmante :
T = 1,1 × R × C
Avec 100 kΩ et 100 µF : T = 1,1 × 100 000 × 0,0001 = 11 secondes. Un gros robinet (R faible) ou un petit réservoir (C faible) : remplissage rapide, temporisation courte. Vous n’apprenez pas une formule, vous relisez votre plomberie.
Le montage pas à pas
- Plantez le 555 à cheval sur le fossé central, encoche vers le haut : patte 1 en haut à gauche, comme au montage 4.
- Câblez l’alimentation : patte 8 au rail +, patte 1 au rail −. Reliez la patte 4 au rail + dans la foulée, tant que vous y pensez.
- Le circuit de temps : rail + → résistance 100 kΩ → un point de jonction → condensateur 100 µF → rail − (patte longue, donc +, côté jonction). Reliez ce point de jonction aux pattes 6 et 7.
- Le déclenchement : rail + → 10 kΩ → patte 2, puis patte 2 → bouton → rail −.
- La sortie : patte 3 → 330 Ω → LED → rail −.
- Alimentez. La LED doit être éteinte. Appuyez brièvement : elle s’allume onze secondes, puis s’éteint seule.
Le bon réflexe : avant d’alimenter, suivez la boucle du doigt en la racontant à voix haute — « le plus entre par la 8, la 2 est tenue en haut par la 10 k »… Ce qui ne se raconte pas ne se câble pas.
Ça ne marche pas ?
La méthode de l’étape 14 s’applique intégralement. Les quatre pannes qui reviennent sur ce montage :
La LED s’allume et ne s’éteint jamais. Regardez la patte 2 : si la résistance de 10 kΩ vers le + manque, la patte « flotte » et le 555 croit qu’on appuie en permanence. C’est la panne numéro un du monostable.
Rien ne se passe du tout. Trois suspects dans l’ordre : la patte 4 laissée en l’air (reset actif), le 555 monté encoche en bas, le condensateur à l’envers. Le multimètre en continuité tranche en deux minutes.
La durée est fantaisiste. Les condensateurs chimiques ont une tolérance de ±20 % : onze secondes théoriques peuvent en faire neuf ou treize, c’est normal. Une dérive bien plus grosse trahit un condensateur fatigué — remplacez-le.
La LED reste allumée tant que le doigt reste sur le bouton, même au-delà de la durée. Ce n’est pas une panne : le monostable ne « rend la main » qu’une fois la patte 2 revenue au repos. Appuyez bref, relâchez.
Pour aller plus loin
Remplacez la 100 kΩ par un potentiomètre de 1 MΩ en série avec une 10 kΩ : votre minuterie devient réglable de une seconde à près de deux minutes, à la molette. Et si vous vous demandez ce que la patte 3 pourrait piloter d’autre qu’une LED — un transistor, donc n’importe quoi : vous avez fait le montage 3, vous connaissez la réponse.
Ce qu’il faut retenir
Le 555 que vous connaissiez en clignotant sait aussi compter le temps une fois : c’est le mode monostable, et cette minuterie électronique en est l’application la plus directe. La durée se calcule (T = 1,1 × R × C), se règle, se comprend avec la même plomberie que tout le reste. Et surtout : un même circuit intégré, deux comportements — retenez l’idée, elle vaut pour presque toutes les puces que vous croiserez.
Au projet suivant, votre 555 astable reprend du service dans un nouveau rôle : fournir la cadence à un second circuit intégré qui, lui, sait compter jusqu’à huit.
→ Projet suivant : le chenillard à 8 LED
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