Ce fil est-il coupé quelque part ? Cette soudure touche-t-elle vraiment la piste ? Ces deux pattes de bouton sont-elles reliées ? Votre multimètre répond déjà à ces questions avec son mode continuité — mais il est encombrant, il demande de tourner la molette, et il est souvent occupé à mesurer autre chose. Le dépanneur, lui, garde à portée de main un petit testeur de continuité dédié : deux pointes, un bip, et la réponse arrive sans quitter le montage des yeux. C’est cet outil que vous allez fabriquer — et pour la première fois de la série, entièrement souder, boîtier compris.
Le principe, en plomberie : pour savoir si un tuyau est continu, inutile d’ouvrir les vannes en grand — on envoie un filet d’eau minuscule à une extrémité et on écoute s’il ressort de l’autre. Ici, le filet fait moins d’un milliampère : assez pour être détecté, trop peu pour bousculer quoi que ce soit.
Ce qu’il vous faut
| Composant | Valeur | Prix indicatif |
|---|---|---|
| Transistor NPN | 2N2222 ou BC547 | 0,15 € |
| Résistance | 10 kΩ | 0,05 € |
| Buzzer actif 9 V (ou 3-24 V) | — | 1,00 € |
| Pointes de touche (ou deux fils rigides) | — | 1,50 € |
| Pile 9 V + connecteur clip | — | 2,00 € |
| Plaque à pastilles + petit boîtier | — | 2,00 € |
Le piège d’achat, et il est sévère : il existe des buzzers actifs et des buzzers passifs, d’apparence identique. L’actif contient son propre oscillateur : branchez-le sur du continu, il bipe. Le passif n’est qu’un haut-parleur : sur du continu, il fait « tic » une fois et se tait. Pour ce montage il faut impérativement un actif — vérifiez la fiche produit, le mot y figure toujours.
Le schéma expliqué
Le voici — et vous allez reconnaître un vieil ami :

C’est le montage 3 de l’étape 11, le transistor en interrupteur, dans un nouveau costume :
- Les deux pointes de touche remplacent le bouton. La pointe B part du rail +, la pointe A rejoint la résistance de 10 kΩ puis la base du transistor. Tant que rien ne relie les pointes, aucun courant de base : silence. Posez-les aux deux bouts d’un fil intact — le circuit se ferme à travers lui, un courant minuscule atteint la base.
- La 10 kΩ dose le filet : environ 0,8 mA traversent l’objet testé, pas plus. C’est toute l’élégance du montage — le composant testé ne voit presque rien passer.
- Le buzzer remplace la LED, côté collecteur : le transistor amplifie le filet et laisse passer le courant du buzzer, qui chante. Le principe de l’étape 11, mot pour mot : le faible commande le fort.
Une règle absolue avant d’aller plus loin : un testeur de continuité ne s’utilise que sur un circuit hors tension, pile débranchée, condensateurs déchargés. Le vôtre injecte son propre courant pour écouter ; un circuit encore alimenté fausserait la mesure au mieux, abîmerait le testeur au pire. C’est la même règle que pour le mode continuité du multimètre — elle ne souffre aucune exception.
Le montage pas à pas
- En breadboard d’abord, la règle ne change pas : transistor (datasheet pour le brochage), 10 kΩ sur la base, buzzer entre le rail + et le collecteur — le buzzer est polarisé, fil rouge au +.
- Deux fils volants font office de pointes provisoires. Joignez-les : bip. Séparez-les : silence. Posez-les sur une résistance de 330 Ω prise dans vos tiroirs : bip aussi — retenez cette observation, on en reparle plus bas.
- Le circuit validé, reproduisez-le soudé sur un morceau de plaque à pastilles — quatre composants, une soirée tranquille.
- Le boîtier : percez trois passages — deux pour les fils des pointes, un pour laisser sortir le son du buzzer. Le clip de pile se loge au fond, la plaque par-dessus.
- Contrôle final avant de refermer : pointes jointes, bip franc ; pointes séparées, silence complet ; et secouez le boîtier — aucun bip fantôme ne doit apparaître.
Le bon réflexe : soudez des fils de pointes souples et longs (40 cm est un bon compromis) et faites-leur un nœud à l’intérieur du boîtier avant la soudure. Le jour où l’on tire dessus — et l’on tire toujours dessus — c’est le nœud qui encaisse, pas la soudure.
Ça ne marche pas ?
Méthode de l’étape 14, toujours :
Bip permanent, pointes séparées. Un court-circuit relie vos deux pointes quelque part — souvent deux fils dénudés qui se touchent dans le boîtier, ou un pont de soudure entre pistes voisines. Le coupable classique du montage en boîtier.
Aucun bip, pointes jointes. Dans l’ordre : la pile (mesurez-la), le sens du buzzer, puis la question qui fâche — n’est-il pas passif ? Alimentez le buzzer seul, directement sur la pile : s’il se tait, vous tenez le verdict.
Un bip faible ou enroué. Pile en fin de vie, ou buzzer prévu pour une autre tension. Vérifiez sa plage sur la fiche produit — les modèles 3-24 V évitent la question.
Ça bipe à travers vos doigts. Tenez une pointe dans chaque main, serrez : un bip timide peut apparaître. Votre corps laisse passer une fraction du filet, et le transistor amplifie sans juger. Ce n’est pas un défaut — c’est une leçon : tenez les pointes par leur manche isolé pendant les mesures.
Pour aller plus loin
L’observation de l’étape 2 mérite réflexion : votre testeur bipe aussi à travers une résistance de plusieurs kilo-ohms. Il teste la liaison, pas la liaison franche — un vrai contrôle strict ne devrait sonner qu’en dessous de quelques dizaines d’ohms. Pour trancher net entre « ça passe » et « ça résiste », il faudrait comparer à un seuil… et c’est très exactement le métier du comparateur que vous rencontrerez au projet 6. Gardez votre testeur sous la main : vous saurez bientôt le rendre plus exigeant.
En attendant, une amélioration simple : une LED et sa 330 Ω en parallèle du buzzer, pour un témoin visuel dans les endroits bruyants.
Ce qu’il faut retenir
Un testeur de continuité, c’est le transistor-interrupteur de l’étape 11 dont le bouton est devenu deux pointes de touche et la LED un buzzer : un filet de courant inférieur au milliampère traverse l’objet testé, le transistor l’amplifie, le bip confirme. Il ne s’utilise que hors tension, il bipe généreusement — y compris à travers des résistances — et c’est votre premier outil entièrement fabriqué : soudé, mis en boîte, et prêt à servir pour tous les diagnostics à venir.
Au projet suivant, les pointes de touche se plantent… dans un pot de fleurs : même diviseur, même transistor, et un capteur qui surveille la soif d’une plante.
→ Projet suivant : le détecteur d’humidité de plante
↩ Retour aux 7 projets · ← Projet précédent : l’alimentation régulée 5 V